30 décembre 2006

Novalis sur Goethe

C´est dans un contexte bien particulier que Novalis rédige ce texte qui révèle selon nous pour la première fois d´une façon aussi directe les liens entre les sciences et les arts dans le romantisme. Il est depuis l´hiver 1797 à l´Académie des mines de Freiberg, où il suit une formation scientifique approfondie. « Les sciences, écrit-il déjà quelques mois auparavant, gagnent un intérêt considérable pour moi, car je m´y consacre selon de plus hautes visées – depuis un point supérieur. En elles je veux vivre jusqu´à mon dernier souffle . » Plusieurs autres éléments biographiques sont à considérer pour cerner l´importance de ce texte. Le 29 mars 1798, le jeune homme avait fait la connaissance de Goethe à Weimar, et l´on peut supposer que c´est à partir de sa propre expérience professionnelle et personnelle des sciences que Novalis aborda l´artiste, lui aussi très occupé par ses propres recherches scientifiques. Depuis 1775, Goethe avait multiplié études et observations en anatomie, botanique, minéralogie et optique, mais les années 90 furent particulièrement riches en découvertes. On peut dire que la publication de l´essai sur la métamorphose des plantes (1790) inaugure une nouvelle époque dans la vie de Goethe, puisqu´il s´agit pour lui d´atteindre également une reconnaissance publique en tant que savant. On peut aussi supposer que lui et Novalis, ce 29 mars 1798, parlèrent de sciences, Goethe ayant beaucoup correspondu avec Schiller à propos de la théorie des couleurs cette année-là ; d´autre part, leur rencontre précède de quelques mois la publication du poème La métamorphose des plantes en juin. Cette actualité de la science goethéenne dut pousser Novalis à lire ou relire les essais sur la métamorphose des plantes et des insectes dont il est question dans son propre texte. On signalera aussi des références fréquentes à Goethe dans la correspondance de Novalis à cette période, notamment dans une lettre à Caroline Schlegel du 9 septembre 1798, dans laquelle il reprend certaines expressions de l´essai, en comparant toutefois Schelling et Goethe : « Plus je pénètre profondément l´immaturité de L´âme du monde de Schelling – et plus son esprit me paraît être intéressant - qui pressent ce qui est supérieur et auquel manque seulement le pur don de restitution (Wiedergebungsgabe), don qui fait de Goethe le physicien le plus curieux de notre temps. Schelling saisit bien – il conserve déjà beaucoup moins bien - mais il ne sait pas restituer . » Ce « don de restitution » propre à Goethe fait de lui, non seulement le « physicien le plus curieux de notre temps », mais aussi et surtout un artiste, et dans l´essai Novalis va jusqu´à dire que c´est parce qu´il est absolument artiste que Goethe est le « premier physicien de son temps ». Relevons d´ailleurs que ce texte constitue la première évocation du Goethe homme de sciences dans la Goethe-Kritik, comme le mentionne justement Richard Samuel .
Une autre circonstance biographique doit être mentionnée à propos de cet essai : il fut écrit à la suite de la rencontre romantique de Dresde qui eut lieu du 25 au 26 août 1798, lors de laquelle Novalis, les frères Schlegel, Caroline Schlegel, Gries, Schelling et Fichte visitèrent la Galerie de Peinture qu´abrite le Stallgebäude, et, à la lumière des torches, le musée des marbres antiques du Palais Japonais . Cette visite dut vivement impressionner Novalis, puisqu´il évoque un fragment romantique intitulé « Visite des antiques » qu´il aurait promis à Friedrich Schlegel .
Ces deux axes – esthétique et scientifique – se rencontrent dans ces quelques pages, et tendent à établir une synthèse entre l´approche du monde antique et celle du monde naturel conçu comme une « vivante antique », donnant au projet de « moralisation de l´univers » une authentique dimension « syncrétique », pour reprendre un terme cher à Novalis.




Goethe est un poète entièrement pratique. Il est dans ses œuvres – comme l´Anglais dans ses marchandises – extrêmement simple, aimable, agréable et durable. Il a fait dans la littérature allemande ce que Wedgwood a fait dans le monde artistique anglais, et il a, comme les Anglais, un goût noble acquis par la raison et naturellement économique. Les deux choses se combinent très bien et ont une affinité profonde, au sens chimique du terme. Dans ses études physiques, il apparaît tout à fait clairement qu´il est dans sa nature d´achever totalement quelque chose d´insignifiant, en lui donnant tout le poli et la netteté possibles, plutôt que de commencer un monde et de faire quelque chose en sachant d´avance qu´on ne pourra le réaliser parfaitement, que cela restera certainement maladroit, et que l´on ne pourra jamais le mener à une perfection magistrale. Même dans ce domaine il choisit un objet romantique ou bien gracieusement entortillé. Ses considérations sur la lumière, sa Métamorphose des plantes et des insectes sont des confirmations et en même temps les démonstrations les plus convaincantes que la conférence parfaite fait aussi partie du domaine de l´artiste. On serait aussi d´une certaine façon en droit d´affirmer que Goethe est le premier physicien de son temps – et qu´en vérité il fera date dans l´histoire de la physique. Il ne peut pas être ici question de l´étendue des connaissances, et les découvertes devraient déterminer le moins possible le rang du chercheur en sciences naturelles. Ici tout dépend du fait de savoir si l´on considère la nature comme un artiste l´antique, car la nature est-elle autre chose qu´un vivant antique ? La nature et l´étude de la nature naissent ensemble, comme l´antique et la connaissance de l´antique ; car on se trompe considérablement lorsqu´on croit qu ´il existe des antiques. L´antique commence seulement maintenant à naître. Il naît sous les yeux et à travers l´âme de l´artiste. Les restes de l´Antiquité ne sont que les stimulants spécifiques pour la formation de l´antique. L´antique n´est pas fait avec les mains. L´esprit la produit à travers les yeux - et la pierre taillée est uniquement la matière qui prend seulement son sens à travers elle, et qui ne sert qu´à la faire apparaître. Le physicien Goethe se trouve par rapport aux autres physiciens comme le poète par rapport aux autres poètes. Il peut être parfois dépassé pour tout ce qui touche l´étendue, la diversité et la profondeur d´esprit, mais qui peut l´égaler dans la capacité de formation ? Chez lui tout est acte – quand chez les autres tout n´est que tendance. Il réalise vraiment quelque chose, quand les autres ne font que rendre une chose possible ou nécessaire. Nous sommes tous des créateurs nécessaires et possibles – mais combien peu sont réels. Le philosophe d´école appellerait peut-être cela empirisme actif. Quant à nous nous voulons nous contenter de considérer le talent artistique de Goethe et jeter encore un regard sur son entendement. Chez lui, on peut découvrir la faculté d´abstraction sous une autre lumière. Il abstrait avec une précision rare, mais jamais sans construire en même temps l´objet correspondant à l´abstraction. Ce n´est rien d´autre que de la philosophie appliquée – et ainsi, à notre grand étonnement, nous le retrouvons finalement en tant que philosophe pratique, comme il était d´usage pour tout artiste authentique autrefois. Le pur philosophe sera lui aussi pratique, bien que le philosophe pragmatique n´ait pas à s´occuper de philosophie pure – car cela est un art en soi./Le Meister de Goethe./ Le lieu de l´art authentique est simplement dans l´entendement. Celui-ci construit à partir d´un concept spécifique. L´imagination, la saillie et la faculté de juger ne sont réquisitionnées que par lui. Ainsi le Wilhelm Meister est entièrement un produit de l´art – une œuvre de l´entendement. On voit selon cette perspective quelques œuvres très médiocres dans le monde de l´art – quand la plupart des ouvrages considérés comme supérieurs en sont exclus. Les Italiens et les Espagnols ont de très loin un plus grand talent artistique que nous. Même aux Français il ne manque rien – les Anglais en ont déjà beaucoup moins et en cela ils nous ressemblent, car nous ne possédons nous aussi qu´extrêmement rarement du talent artistique – bien que nous soyons parmi toutes les nations les mieux pourvus de ces capacités dont l´entendement se sert dans ses œuvres. Cette abondance de capacités artistiques rend à vrai dire les quelques artistes parmi nous si particuliers, si extraordinaires, et nous pouvons sûrement nous attendre à ce que les plus merveilleuses œuvres d´art apparaissent parmi nous, car en ce qui concerne l´universalité énergique aucune autre nation ne peut concourir avec nous. Si je comprends bien les plus récents amis de la littérature antique, ils ne visent rien d´autre, à travers leur prétention à imiter les auteurs classiques, qu´à nous former nous comme artistes – à éveiller en nous des œuvres d´art. Aucune autre nation à part les Anciens n´a eu un sens artistique développé à un tel degré. Tout chez eux est œuvre d´art – mais peut-être ne faudrait-il pas en dire trop, si l´on partait de l´hypothèse qu´ils ne sont ce qu´ils sont que pour nous, ou ne peuvent le devenir que pour nous. Il en va de la littérature classique comme de l´antique ; en vérité elle ne nous est pas donnée – elle n´existe pas – mais elle doit être produite par nous. C´est seulement à travers une étude courageuse et spirituelle des Anciens que naît une littérature classique pour nous – littérature que les Anciens eux-mêmes n´avaient pas. Les Anciens se saisiraient de la tâche inverse – car l´artiste seul est un homme limité, unilatéral. Pour ce qui est de la sévérité Goethe n´égale pas les Anciens – mais il les surpasse lorsqu´il s´agit du fond – même si le mérite ne lui revient pas. Son Meister leur est suffisamment proche – car combien il s´agit là tout bonnement d´un roman, sans devoir y ajouter un adjectif – et comme cela représente beaucoup à notre époque ! Goethe sera surpassé et doit être surpassé – mais seulement comme les Anciens peuvent l´être, du point de vue du fond et de la force, de la diversité et de la profondeur – en tant qu´artiste, point – ou bien seulement un peu, car sa justesse et sa sévérité sont peut-être déjà plus exemplaires qu´elles ne paraissent.

18 décembre 2006

Fichte

Fichte écrit Sur la dignité de l´homme en 1794, en guise de conclusion à ses conférences philosophiques, c´est-à-dire à sa Grundlage der gesammten Wissenschaftslehre publiée la même année. On retrouve dans ces quelques pages la dimension prométhéenne de l´idéalisme naissant, et surtout un style d´écriture philosophique proche de la harangue qui plonge le penseur dans son époque – à le lire, on imagine bien Fichte au milieu de la foule de ses étudiants, usant de tous les techniques oratoires déployées par le tribun révolutionnaire ! Car c´est de cela qu´il s´agit dans ce discours : associer directement le devenir de la philosophie avec les événements historiques, faire du Moi l´expression d´une révolution des esprits qui englobe l´avènement de la démocratie en Europe et partout dans le monde.
Le Moi fichtéen se transforme ainsi en un principe de liberté, de liberté absolue agissant sur les êtres et les choses. C´est par l´affirmation de l´autonomie individuelle que l´homme progresse, et Fichte assigne à la philosophie la tâche d´amener chaque individu à la conscience d´une autonomie originelle. L´histoire se résume à cette prise de conscience graduelle et inexorable qui se produit ou doit se produire chez l´esclave, mais aussi chez le sujet lié à un monarque dans une dépendance qui est une forme d´aliénation. Le philosophe écrit aussi l´histoire, en ce qu´il assigne à l´homme, au citoyen, une tâche supérieure dont il ne peut se défaire, car il en va de ce que Fichte appelle ici « la dignité de l´homme ».


Nous avons arpenté l´esprit humain dans sa totalité ; - nous avons posé un fondement sur lequel il est possible d´édifier un système scientifique conçu comme la juste représentation du système originel dans l´homme. Pour conclure nous faisons un court tour d´horizon sur l´ensemble.
La philosophie nous enseigne à tout chercher dans le Moi. C´est seulement grâce au Moi que l´ordre et l´harmonie apparaissent dans la masse informe et morte. C´est seulement à partir de l´homme que s´étend la régularité autour de lui jusqu´aux limites de sa science, et s´il fait reculer celles-ci, l´ordre et l´harmonie s´étendent également. Sa science assigne une place à ce qui est divers à l´infini, à chaque être, de telle sorte qu´aucune chose ne supplante une autre ; il crée une unité dans la diversité infinie. Grâce à elle les astres tiennent ensemble et deviennent Un univers organisé ; grâce à elle les planètes se déplacent sur des trajectoires qui leur sont assignées. L´immense chaîne des êtres qui va du lichen au séraphin n´existe que grâce au Moi ; en Lui est le système du monde spirituel dans sa totalité, et l´homme attend à bon droit que la loi qu´il se donne soit valable pour cette chaîne des êtres, et que celle-ci la reconnaisse universellement à l´avenir. Le Moi est le gage le plus sûr que l´ordre et l´harmonie infinies s´étendront à partir de lui jusqu´aux régions qui en sont dépourvues, et qu´avec la progression de la civilisation humaine c´est aussi la civilisation de l´univers qui progressera. Tout ce qui est encore informe et chaotique aujourd´hui, l´homme le transformera dans le plus bel ordre, et ce qui est déjà harmonieux deviendra - grâce à des lois qui ne sont pas encore découvertes jusqu´à aujourd´hui – toujours plus harmonieux. L´homme va mettre de l´ordre dans la cohue, et instaurer un plan dans la destruction générale ; grâce à lui la décomposition sera formation, et la mort appellera à une vie splendide.
Voici l´homme, si nous le considérons simplement comme une intelligence capable de science ; mais que devient-il lorsque nous le concevons comme un pouvoir pratique et actif !
Il ne met pas seulement un ordre nécessaire dans les choses, il leur impose celui qu´il s´est lui-même volontairement choisi. Là où il arrive, la nature s´éveille ; à sa vue elle se prépare à recevoir une nouvelle forme plus belle. Son corps à lui est déjà ce qu´il y a de plus spiritualisé de la matière qui l´entoure et qui pouvait être formée ; dans son environnement l´air devient plus doux, le climat plus clément, et la nature s´égaye à l´idée de pouvoir grâce à lui accueillir et chérir des créatures vivantes. L´homme enjoint la matière brute de s´organiser selon son idéal, et de lui livrer la matière dont il a besoin. Chez lui jaillit tout ce qui était froid et mort et tout se change en un grain nourrissant, en un fruit désaltérant, en un raisin vivifiant, et la matière éclora et se transformera en d´autres choses dès qu´il en décidera. – Autour de lui les animaux s´ennoblissent, abandonnent l´état sauvage avec des yeux craintifs, et reçoivent une nourriture plus saine des mains de leur maître, nourriture qu´ils payent de bonne grâce par l´obéissance.
Mieux encore, auprès de l´homme les âmes s´ennoblissent, car plus un homme est homme, plus son influence sur les autres hommes s´étend et s´approfondit ; et qui porte le sceau authentique de l´humanité ne sera plus jamais ignoré de l´humanité. Chaque esprit humain et chaque cœur s´ouvre à cette pure émanation de l´humanité. Autour de l´homme supérieur les hommes forment un cercle dans lequel celui qui a la plus grande humanité s´approche le plus du centre. Leurs esprits s´élancent et luttent pour s´unir et former Un seul esprit dans plusieurs corps. Tous sont Un entendement et Une volonté, et travaillent au seul grand projet possible de l´humanité. L´homme supérieur propulse son siècle avec force à un degré plus élevé de l´humanité ; elle regarde derrière elle, et s´étonne de l´abîme qu´elle vient de franchir, tandis que lui, avec ses bras de géant, arrache ce qu´il peut saisir des annales de l´espèce humaine.
Détruisez la hutte dans laquelle il vit englué ![1] Il est de par sa nature absolument autonome par rapport à tout ce qui lui est extérieur, existant absolument par lui-même. Mais il a déjà, prisonnier dans sa hutte, le sentiment de cette existence, à certains moments de son élévation, lorsque le temps et l´espace, et tout ce qui n´est pas Lui, disparaît, ou bien lorsque son esprit se détache violemment de son corps, avant d´y retourner volontairement pour atteindre les buts qu´il veut encore réaliser avec lui. Séparez les deux derniers atomes qui sont à côté de lui, il existera encore ; et il sera encore, parce qu´il le voudra. Il est éternel, existe par soi-même et de sa propre force.
Empêchez, faites échouer ses plans ! Vous pouvez certes les arrêter, mais que sont mille ans et encore mille ans dans les annales de l´humanité ? – le léger rêve matinal au moment du réveil. Il continue, il agit encore, et ce qui est pour vous disparition n´est qu´une extension de sa sphère, et la mort une préparation à une vie supérieure. Les couleurs de ses plans et ses formes extérieures peuvent bien lui échapper, mais son plan demeure. Et à chaque instant de son existence il entraîne quelque chose de nouveau en dehors de lui dans son cercle, et il continuera à entraîner chaque chose jusqu´à ce que tout soit dévoré par celui-ci, jusqu´à ce que toute la matière porte la marque de son action, et que tous les esprits ne fassent plus qu´Un seul esprit avec le sien.
Voici l´homme ; voici celui qui peut dire : Je suis homme. Ne devrait-il pas éprouver un sentiment de respect sacré devant lui-même, et trembler devant sa propre majesté ! – Est un homme celui qui peut me dire : Je suis. – Où que tu vives, toi qui as un visage d´homme ; – que tu sois, proche de l´animal, en train de planter la canne à sucre sous le bâton de l´oppresseur[2], que tu sois sur les rivages de la Terre de Feu en train de te réchauffer à une flamme que tu n´as pas allumée toi-même, pleurant lorsqu´elle s´éteint parce qu´elle ne veut pas rester allumée – ou bien que tu m´apparaisses comme le plus misérable et le plus dépravé des vauriens – tu es pourtant ce que je suis, car tu peux me dire : Je suis. Pour cette raison tu es mon compagnon et mon frère. J´ai été certainement au niveau de l´humanité auquel tu te trouves maintenant ; car c´est un niveau de la même humanité, et on ne peut faire aucun saut sur cette échelle – peut-être l´ai-je monté si vite que je n´eus pas le temps de prendre conscience de mon état : mais je fus autrefois certainement à ce niveau : – et tu seras un jour certainement – que cela dure des millions et des millions d´années – qu´est-ce que le temps ? – tu seras un jour certainement à ce niveau où je suis à présent : et tu seras un jour au niveau où je pourrai agir sur toi et toi sur moi. Et tu seras aussi un jour entraîné dans ma sphère, et moi dans la tienne ; je te reconnaîtrai toi aussi comme mon collègue engagé dans mon grand projet. – Ce qui est pour moi qui suis un Moi l´est aussi pour chacun qui est un Moi. Ne devrais-je pas trembler devant la majesté dans la conception de l´homme ? et devant la divinité qui habite peut-être dans le secret de l´obscurité – et très certainement dans le temple qui porte son empreinte ?
La terre et le ciel, le temps et l´espace et toutes les bornes de la sensibilité s´évanouissent en moi à ses pensées ; et l´individu ne devrait pas s´évanouir devant moi ?
Tous les individus font partie de la grande unité de l´esprit pur[3] ; que cela soit mon dernier mot grâce auquel je resterai dans votre mémoire, et vous dans la mienne.

[1] Le texte allemand est : Brecht die Hütte von Leimen, soit «brisez les huttes de colle», ce qui passe assez mal en français ! Nous avons tout de même gardé cette image forte d´un homme primitif englué dans un état proche de l´animalité. (N. d. T.)
[2] Fichte pense ici certainement au sort des esclaves, aux Antilles notamment. L´esclavage ne sera aboli en France qu´en 1848. (N. d. T.)
[3] Même si l´on ne connaît pas mon système, il est impossible de considérer cette pensée comme spinoziste, quand bien même on ferait abstraction du développement de cette pensée dans sa totalité. L´unité de l´esprit pur est pour moi un idéal intangible ; dernier point qui ne sera jamais réel.